Tous les week-ends ou presque, je me rends dans un atelier de poterie partagé.

C’est super pour rencontrer d’autres artistes et d’autres personnes qui aiment simplement travailler la terre. Je n’ai malheureusement pas encore la chance d’avoir mon propre atelier, mais qui sait ? Peut-être un jour…
C’est donc le plus souvent le week-end que je m’y rends, parce que le reste de la semaine j’ai un autre travail. Parfois aussi le soir en semaine, mais c’est plutôt rare, car la poterie demande de l’énergie et un minimum d’espace mental. Pour créer avec la terre, il faut être en forme : la poterie reste physique.
Du coup, c’est toujours un plaisir de retrouver ma créativité et d’y dédier du temps. Dès que je rentre dans l’atelier, j’ai l’impression d’être dans un autre monde, où je peux laisser aller ma créativité sans trop réfléchir, et ça fait vraiment du bien.
Première étape : mon étagère personnelle. Je regarde si j’ai une pièce à émailler ou à tournasser. Parfois il y a quelque chose, parfois rien.
Quand il n’y a rien qui sèche, je repars du début : je prépare de la terre pour tourner une pièce au tour électrique.
La porcelaine
En ce moment, j’utilise surtout de la porcelaine. C’est ce que je préfère travailler. La texture correspond vraiment bien à mes mains. C’est une matière qui me parle beaucoup, que je trouve facile et agréable à tourner.
On reçoit la porcelaine dans un grand paquet de 12 kg, donc je coupe la quantité dont j’ai besoin. Ensuite il faut la préparer : enlever les bulles d’air et la rendre plus malléable pour pouvoir la tourner.
Battre la terre
Il y a la méthode du bélier pour les petites quantités, et la méthode du coquillage pour les morceaux plus gros.
Moi, j’aime bien commencer par couper mon bloc avec le fil et le replier plusieurs fois, un peu comme une pâte feuilletée. Ça permet de bien mélanger la matière s’il y a des zones de consistance différente.
Ensuite je bats la terre.
Soit avec la méthode du bélier : je pousse la terre vers l’avant avec les deux mains, encore et encore, parfois une centaine de fois.
Soit avec la méthode du coquillage : la terre tourne sur elle-même et prend cette forme en spirale qui chasse l’air.
C’est assez physique, mais avec le temps j’ai compris que c’est la partie la plus importante quand on fait de la poterie.
Une terre mal préparée peut tout compliquer : bulles d’air, centrage difficile, pièces instables. On croit manquer de technique alors que le problème vient juste de la préparation.
Il m’a fallu du temps pour le comprendre, mais maintenant je sais que tout commence là.
C’est aussi le premier vrai contact avec la matière. Un moment plus calme, presque méditatif. Je me reconnecte à la terre. J’y mets aussi mon énergie du jour, une sorte d’intention dès le départ.
Donc oui, pour moi, c’est l’étape indispensable.
« Allez, c’est parti pour un tour ! »
Ensuite, il est temps de tourner.

Je pose ma boule de terre sur le tour et là, je m’éclate.
Je ne réfléchis presque jamais à l’avance à ce que je vais faire. Parfois je me donne un petit challenge — une boîte ou une grosse pièce de cinq ou six kilos — mais pour la forme, je laisse venir.
Je travaille beaucoup à l’intuition.
Il m’a fallu du temps pour arrêter de trop réfléchir. Au début, je voulais tout contrôler. Maintenant, je suis plutôt le geste et je laisse aller.
Je centre, j’ouvre, puis je me lance dans les formes, comme je le sens. J’y vais avec le flow.
Quand on a une idée trop rigide, c’est souvent plus difficile. La poterie m’a appris à lâcher prise. On est obligé.
Je fais une pièce, puis une autre. Je laisse sécher, puis je recommence comme ça pendant quelques heures.
On remballe
Après, il y a le nettoyage. Ça prend toujours du temps, mais ça fait partie du travail. Avec certaines terres, surtout les terres rouges, tout devient très salissant. Il faut vraiment prévoir du temps pour ça.

Et c’est important de ne pas oublier que la poussière de terre sèche peut être nocive à respirer, car elle contient de la silice.
Ensuite je laisse sécher les pièces, juste ce qu’il faut : ni trop molles, ni trop sèches. Cela prend quelques jours, parfois une semaine. J’emballe tout sous plastique avec une éponge imbibée d’eau à l’intérieur pour garder une humidité régulière.
Le tournassage
Quand elles sont à la bonne consistance, je passe au tournassage.


Le tournassage, c’est retravailler la forme, creuser le pied, enlever les lourdeurs, affiner la pièce. Au début je n’aimais pas cette étape, mais maintenant je l’apprécie beaucoup. C’est là que la pièce devient plus élégante.
J’aime particulièrement faire les pieds. Ça change vraiment toute la silhouette.
Puis vient la première cuisson.
Et voilà, ça ressemble à ça, mes journées typiques au studio.
